Ma vie de Sofia Tolstoï

 

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Ce livre m'a été envoyé par Bladelor suite à l'opération Masse Critique de Babelio, je la remercie chaleureusement pour cette lecture...

 

Publié par les Editions des Syrtes / 45 euros / 1059 pages / titre original: Moïa jizn' / traductrices: Luba Jurgenson et Maria-Louisa Bonaque / première publication: 2010

 

Résumé:

A l'aube au XXe siècle, Sofia Andreïevna Tolstoï vient de passer ta majeure partie de sa vie au côté de l'auteur de Guerre et Paix, l'illustre romancier et maître à penser russe. Elle décide alors d'entreprendre le récit de sa vie, en cherchant à se réapproprier cette part d'elle-même qui s'est consumée au contact du grand homme. Le besoin de Sofia Tolstoï de se confier à elle-même était fondamental mais, loin de suivre un récit linéaire, le lecteur est plongé dans les contradictions de cette femme de talent, rongée parfois par l'orgueil et la jalousie. Elle ne se borne pas à une simple description : à travers une sorte d'auto-analyse et dans un irrépressible besoin de comprendre, elle devient interprète de sa vie. On découvre une femme écrasée parfois par le génie de son mari, en proie à une sourde frustration, éternellement occupée par les soucis quotidiens. Matière première irremplaçable pour la connaissance intime de Tolstoï, l'oeuvre de Sofia Andreïevna restitue, par le menu détail, son existence d'épouse de l'écrivain. On suit, pas à pas, sa propre vie, celle de ses enfants, et le cheminement intellectuel de Tolstoï. Il en ressort un portrait de l'écrivain dans toute sa complexité, déchiré par ses contradictions et un perpétuel conflit intérieur. Document humain, touchant de sincérité, d'une franchise allant parfois jusqu'à la cruauté, Ma vie représente également une histoire au féminin de la culture et de la vie quotidienne de son temps : la maternité, l'éducation des enfants, la poésie de la nature, avec, en toile de fond, l'omniprésence de la mort et des grands bouleversements historiques. Ma vie restitue la parole à cette belle figure féminine dévouée à Tolstoï, faisant revivre les instants fugitifs de grâce, de bonheur ou de peine qui ont accompagné toute son existence. Le manuscrit de Sofia Tolstoï n'a jamais été publié en Union soviétique ou en Russie et sa parution simultanée à Moscou et à Paris constitue un véritable événement littéraire.

 

Sofia Andreïevna (1844-1919) est la fille du docteur Andreï Bers, médecin attaché à l'administration de la cour impériale. Elle épouse Lev Tolstoï le 23 septembre 1862, à dix-huit ans, alors que lui en a trente-deux. Il est alors en pleine gloire, célèbre pour Les Récits de Sébastopol, Les Cosaques ou Enfance. De leur union naîtront treize enfants dont huit survivront. Après la révolution d'Octobre, elle demeure, en compagnie de sa soeur, Tatiana, dans le domaine de lasnaïa Poliana nationalisé, essayant de sauver les livres et les manuscrits de Tolstoï. Atteinte d'une pneumonie, elle meurt le 4 novembre 1919.

 

Commentaire:

Ce livre est un régal à lire, mais il se mérite. Avec pas loin de 1000 pages, il ne se lit pas en 2 jours. Mais les pages défilent sans problème. Sous nos yeux, Sofia Tolstoï raconte sa vie et celle de son mari, Lev Tolstoï. 

Cette autobiographie s'étend de la naissance de Sofia jusqu'en 1901. Et c'est une mine de renseignement sur plusieurs sujets.

Tout d'abord sur Sofia Tolstoï elle-même. On découvre une jeune femme instruite, vive, intelligente qui s'épanouit dans l'art en général. A 18 ans, elle épouse le comte Tolstoï plus âgé qu'elle et déjà célèbre. Dès le mariage, elle se met au service de son époux (et plus tard de sa famille), mettant de côté sa vie. Comme elle le dit elle-même, elle se consume auprès de Tolstoï. D'une vie citadine à Moscou elle passe à une vie campagnarde à Iasnaïa Poliana où, il faut le dire, il ne se passe pas grand chose. Très vite, les enfants se succèdent et la vie de Sofia est rythmée par les enfants, la gestion du domaine et le travail du recopiage du travail de Tolstoï. 

Je me suis prise d'affection pour Sofia. Sa vie n'est pas dès plus facile. La vie auprès de Tolstoï n'est pas évidente d'après ce qu'elle nous raconte. Il n'est pas facile à vivre, se passionne pour un sujet un temps avant de l'oublier pour un autre sujet. Et puis il faut le dire, la vie des femmes n'est pas facile à cette époque.

C'est un autre des thèmes abordés dans cette autobiographie: la vie des femmes russes au XIXème siècle. On découvre la vie maritale, la maternité, l'éducation des enfants, la gestion de la maison. Le tout avec le spectre de la mort et de la maladie qui rode. Par moment, Sofia parle de choses de la vie quotidienne et c'est tout le mode vie de l'époque qui passe sous nos yeux. C'est un régal de découvrir la vie en Russie à cette époque (avant la Révolution). 

D'ailleurs, la petite et la grande histoire se mélangent pour mon plus grand plaisir. Sofia a grandi au Palais Impérial et j'ai pris beaucoup de plaisir à lire les passages consacrés au Tsar. Tout comme j'ai adoré lire les passages consacrés à l'écriture des romans de Tolstoï. On assiste entre autres à la création d'Anna Karenine. Mais le plus intéressant, c'est de découvrir que de nombreux personnages sont issus de personnes réelles comme des membres de la famille Bers. 

On découvre ainsi l'homme derrière l'auteur. J'avoue que je ne savais pas grand chose sur Tolstoï avant cette lecture. Et le moins qu'on puisse dire c'est qu'il était torturé. J'ai néanmoins découvert que Tolstoï ne se résume pas à ses romans très connus. Son oeuvre est beaucoup plus importante que cela.

 

Outre son nombre de pages, cette autobiographie présente deux "défauts" pour moi. Le premier, Sofia n'y peut rien: il s'agit des noms russes des personnages. Les prénoms russes sont tous basés sur le modèle: prénom - fils de (par exemple pour Sofia: Sofia Andreïevna pour Sofia fille de Andreï Bers.) Et ils ont tous plus ou moins le même prénom puisqu'on donnait souvent le nom des parents aux enfants. De plus par moment, Sofia utilise les diminutifs des prénoms qui sont en fait aussi longs que les prénoms eux-même. Et cela m'a posé des problèmes au début de ma lecture, j'avais du mal à savoir qui était qui.

Le deuxième "défaut" que j'ai trouvé à cette autobiographie, c'est la fait que Sofia se répète souvent. Elle parle de quelque chose dans un paragraphe, puis elle le reprend plus loin. Par moment, c'est un peu redondant. 

 

Mais ces deux "défauts" ne m'ont pas empêché d'apprécier cette lecture. Sofia Tolstoï n'a rien à envier à son mari. Elle dépeint sa vie avec beaucoup de talent et de style. C'est une fresque de sa vie qu'elle nous propose. Elle n'a rien à envier à son illustre époux, tu avais raison Bladelor

Je recommande chaleureusement cette autobiographie à tous les amoureux de Tolstoï, de la Russie et des biographies. Merci aux éditions des Syrtes, à Babelio et à Bladelor pour cette belle découverte!

 

Lu en juin 2011

 


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